Dans deux mois elle aura dix-huit ans, un putain de cap à passer, ça lui fait peur. Finie l'insouciance de l'enfance, on rentre dans le monde adulte, chacun sont rythme mais on finira tous pareil, métro, boulot, dodo. Pas d'échappatoire possible, formaté dès le plus jeune âge à épouser le moule. Faire des études, avoir un job, acheter une maison, une voiture, avoir des gosses, les élever du mieux qu'on peut, cotiser, bosser toujours, payer des impôts, consommer, tout ça pour ensuite jouir d'une retraite on espère, quelle vie de merde. Pas de place, ou plus de place pour la fantaisie, c'est réservé aux gamins ca. Plus de rébellion non plus, ça, c'est pour les ados. A 17 ans, on veut changer le monde. Plus tard, on se résigne à y vivre tant bien que mal, on a plus la vigueur qu'on avait, les projets qu'on avait fait ne se réaliseront pas. Tant pis ... C'est ça ouais, tant pis ...
« I want a ticket to anywhere » chantait Tracy Chapman. Et si on s'en foutait, si on laissait tout en plan, si on se barrait comme ça ? On le dit, on le dit, mais on le fera jamais, on fera nos rebelles, on fumera des joints pour oublier qu'on est prisonnier de notre condition humaine, que quoiqu'on fasse on est programmer pour mourir au bout. Faut faire quoi alors ? Profiter à fond, de chaque jour, éviter de se prendre la tête avec ceux qu'on aime parce qu'ils ne sont pas immortels eux non plus, qu'ils ne seront pas toujours la et qu'on ne sait pas ce qu'il se passera demain.
Et la, elle se rendit compte qu'elle était heureuse, en tout cas qu'elle avait tout pour l'être. Une famille, des amis, une copine qu'elle aime et qui l'aime aussi. Elle aimait cette idée, de ne pas être tout à fait comme tout le monde, d'avoir cette petite touche d'originalité ancrée en elle qui faisait que depuis pas mal de temps son prince charmant avait plutôt de larges hanches et n'était pas aussi viril qu'il aurait du l'être. Ca l'avait terrorisé pendant un moment, par rapport à ses parents, à ses amis, à ses profs, au regard des gens, et puis aujourd'hui elle l'acceptait, l'assumait et le revendiquait même parfois. Oui, Elle est lesbienne, elle aime les filles, elle aime leur tendresse, leur sensibilité, leur prise de tête aussi. Elle aime faire l'amour avec elles, surtout avec Elle. Elle, qui lui a appris à « kiffer la vie » comme ils disent, rien qu'à y penser un sourire naquit sur ses lèvres.




